Textes critiques

Textes critiques

Texte écrit suite à l’intervention de Boris Chouvellon au Centre Social et Culturel La Castellane le 14 avril 2017 auprès de près de 300 enfants et adolescents

« De pacotille » est le fruit de l‘intervention d’une journée de Boris Chouvellon au sein du centre aéré et de l‘Accueil de Loisirs Sans Hébergement Ados (ALSH Ados) du centre social et culturel de la cité de la Castellane à Marseille. Boris Chouvellon a proposé, à cette occasion, un processus d’installation participative en plein air durant une journée d’intervention intense le 14 avril 2017.

Partant d’un poème de Louis Brauquier, poète et marin marseillais, dont il a extrait le terme « De pacotille », Boris Chouvellon a imaginé une oeuvre constituée de deux murs de 3 mètres de haut sur une dizaine de long couverts de couverture de survie et d’un banquet / goûter dont chacun des mets étaient également dorés. Grands parallélépipèdes obstruant le regard entre les terrains de baskets et de hand ball, les courts de tennis et le complexe sportif, ces murs sont habituellement peints de vert sombre et constituent un élément sur lesquels les sportifs s’entraînent. Ce sont ici d’immenses surfaces offertes à un artiste telles des toiles vierges, mais aussi un espace visible depuis le parking du centre commercial Grand Littoral lequel ouvre son panorama largement sur la cité. Ces éléments du quotidien se trouvent non seulement prélevés du paysage habituel de la cité et des rituels du centre aéré et de ALSH Ados mais aussi transformés en énorme lingots d’or, de pacotille toutefois…
Ces murs devenus d’immenses miroirs déforment une réalité. Une couverture de survie, si elle réfléchit un peu, déforme ce qu’on y voit. Toutefois, ici le reflet qu’elles renvoient est presque symbolique du geste réalisé par Boris Chouvellon. Il joue par cette intervention des différents codes sociétaux et de différentes réalités. Il est à souligner d’une part la manière dont Boris Chouvellon s’empare de ce qu’est l‘or dans les sociétés occidentales ou non occidentales depuis des millénaires, et notamment la signification et l‘importance que peuvent revêtir certains objets précieux tels que les bijoux ou certains éléments figurants dans la dot des jeunes filles maghrébines, comoriennes ou gitanes habitant  la cité, mais aussi la  manière dont il s’empare de la  notion de pacotille. Gruss définit ainsi la notion de pacotille en 1978 : « marchandise qui, ne payant pas de fret, était embarquée par le capitaine, les hommes d’équipage ou les passagers, dans le but de faire du commerce pour leur propre compte ». Toutefois, si Boris Chouvellon est intéressé par cette définition, il l‘est aussi quant au rapport que la ville de Marseille et ses habitants entretiennent avec le commerce. Il s’agit ici pour lui d’un clin d’œil à cette histoire collective. Boris Chouvellon propose, de par son intervention, une lecture distanciée des rites de nos sociétés en y incluant une notion propre à la cité de la Castellane, à savoir l‘immense plaisir à faire la fête, à fêter quelqu’un. Toutefois, il pose également un regard critique et (presque) politique sur une situation et un contexte. La cité de la Castellane est un espace de vie doublement gangrené par le chômage et une délinquance visible aux yeux de tous. Elle souffre également depuis de nombreuses années des contrecoups de la corruption. Consciemment ou inconsciemment, c’est de tout cela que traite cette oeuvre … Il pourrait même être possible d’imaginer que le champ lexical de ce titre puisse se référer aux fausses promesses dont la population de cette cité est bercée depuis des dizaines d’années, tant ces promesses sont de pacotille !
La réalisation de cette œuvre s’est également accompagnée de rencontres avec chacun des participants et s’est trouvé doublée ainsi de l‘invisible de ces échanges. Ces derniers ne sont ni consignés, ni archivés. Ils sont hors-champs. A peine sont-ils documentés par quelques dizaines de photographies. Cet intengible a profondément intéressé Boris Chouvellon dans la mise en oeuvre de cette expérience. Il est ce qui ne se voit pas mais ce qui constitue l‘âme du projet. Il est l‘invisible et peut-être même le cœur de ce qui s’est produit lors de cette journée, au-delà de l‘aspect profondément esthétique et séducteur de « De pacotille ». Car « De pacotille » est une oeuvre profondément séduisante. Elle renvoit à une certaine nomenclature de l‘histoire de lart depuis les Égyptiens en passant par les icônes orthodoxes jusqu’à Yves Klein ou Claudio Parmigianni. L‘utilisation de l‘or ou de la couleur doré renvoie à la notion de sacré au sein de pratiquement tous les peuples ou civilisations. L‘or est assimilé à la couleur de Dieu car correspondant au soleil que l‘on ne peut regarder chez les chrétiens. Couleur de Dieu, couleur d’immortalité et donc couleur des empereurs et rois, de Byzance au roi soleil … Couleur divine, royale ou impériale également en Chine, Inde ou Égypte aussi bien qu’en Europe. En Égypte, de nombreuses chambres funéraires étaient peintes en or pour assurer la survie de l‘âme. Chez les Aztèques Huitzipochtli, le Dieu du soleil de midi est peint en jaune d’or et en bleu. En Perse, Mithra est en jaune d’or comme Apollon en Grèce. Et que dire de l‘Athéna chryséléphantine du Parthénon ? En Inde, le jaune d’or correspond au centre racine et à l’élément lumière… L‘or est symbole de divinité. Mais qu’en est-il pour « De pacotille » ?
Lydie Marchi, juin 2017

 

 


 

Portrait de Paul Ardenne

Ecrit en juillet 2016 pour le site Alternatif Art.
Tel une lettre d’amour …

Nous connaissions toutes quatre Paul Ardenne. Certaines d’entre nous pour avoir déjà échangé avec lui, et d’autres pour avoir lu ses ouvrages ou assisté à ses conférences. Son nom était inscrit sur une liste de personnes que nous pourrions solliciter à un moment donné dans un petit carnet gris argent estampillé PAREIDOLIE. Nous sommes taquines et moqueuses. Je me souviens d’une conférence à laquelle nous avons assisté toutes quatre et où nous échangions sur Paul et son physique de sportif, par sms. Nous ne sommes pas des filles sérieuses !
Paul Ardenne est un homme de l’extérieur. Il est loin de l’image que l’on peut avoir de l’historien d’art reclus dans sa bibliothèque. Même si il est certain qu’il adore les bibliothèques. Paul Ardenne fait de la moto. Au point même d’avoir été le commissaire d’une exposition intitulée « Motopoétique » au musée d’art contemporain de Lyon, en 2014, ou d’écrire un livre ou des articles sur le sujet. Paul Ardenne vient de la campagne, de Charente plus exactement, et nous l’avons toutes quatre imaginées conduisant un tracteur… Paul Ardenne nous a fait le plaisir et l’honneur d’être, cette année, le président du comité de sélection de l’édition 2016 de PAREIDOLIE, salon international du dessin contemporain. Et, il l’a fait avec panache, humour, générosité et professionnalisme. Un président qui a su être attentionné quant à la direction que souhaite prendre PAREIDOLIE tout en étant catégorique sur ses choix personnels.
Agrégé d’Histoire et docteur en Histoire de l’art, maître de conférences à l’UFR Arts d’Amiens (art contemporain, esthétique et politique), Paul Ardenne n’est évidemment pas qu’un motard venant du monde de la terre. Il est membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art et collabore régulièrement avec des revues tels qu’art press, Archistorm (France) et Inter (Canada). Il est également l’auteur de multiples essais : Art, l’âge contemporain (Éditions du Regard, 1997), L’Art dans son moment politique (La Lettre volée, 2000), Un art contextuel (Flammarion, 2002), Art, le présent (Éditions du Regard, 2009) ou encore Un Art écologique, (Actes Sud, à paraître en 2016). En 2015, il a été le commissaire du Pavillon luxembourgeois qui a accueilli Filip Markiewicz à la Biennale de Venise et des Biennales art nOmad « Sublime de Voyage » et Hybrides « Fragmentations » à Douai. Paul Ardenne est le commissaire de laprochaine édition de la Biennale Internationale d’Anglet-Côte Basque qui ouvrira samedi 27 août 2016 en même temps que PAREIDOLIE. « LA LITTORALE#6 – RIVAGE, RIVAGES » est une biennale de plein air où divers éléments s’entrecroisent : le rivage ; le littoral et sa promenade ; le golfe de Gascogne ouvert sur l’océan Atlantique et le ciel.
Que dire de plus sur Paul Ardenne ? Si ce n’est que son implication à nos côtés fut un bonheur et un immense plaisir. Que nous lui en sommes reconnaissantes. Que de savoir que nous le revoyons dimanche 28 matin, après qu’il ait inauguré la biennale d’Anglet- Côte Basque nous comble de joie ? Et que nous le remercions infiniment de tout cela …
Plus qu’un portrait ce petit texte, entre ressentis et expériences personnelles, est un « tribute to Paul » ! A dimanche prochain ! Enjoy ! And have fun in Anglet ! <3

Lydie Marchi

PAREIDOLIE , salon international du dessin contemporain : www.pareidolie.net
Biennale Internationale d’Anglet – Côte Basque : http://www.lalittorale.anglet.fr/